Arts et Lettres de France

«vers de gris»

J'aime les livres bien faits ; celui-ci l'est. Papier,format, illustrations, pagination, mise en pages..., tout est remarquablement bien réalisé.

Sont-ce bien poésies, toutefois, ces textes un peu vulgaires ou crus, ces chansons de salle où l'on ne sait quoi garder ? Sans doute, à la vérité dois-je de dire, avec amusement cependant, qu'effectivement se trouvent ici de l'art et du... cochon.

Mais tout s'achève en... queue de poisson fatigué, et l'impudeur est acceptable autant qu'elle est honnête.

Et Jean Baurin, qui en dit tant qu'il en dit trop, nous dit aussi sa fatigue et sa solitude...

Et lorsque la tendresse amoureuse :

« à l'heure où tout s'éveille
mais où tu dors encore
à l'heure où tout sommeille
dans des restes de nuit
je contemple ton corps
ébloui
que tu es belle
ô que tu es belle
quand je te regarde
je sens mon coeur
battre dans mes yeux»

, le décompte du temps qui passe, l'affection patemelle :

«miniscorpion tout neuf
qui portera mon nom
tu es le soleil en octobre
mon cadeau de l'automne
un peu de moi venu d'ailleurs
par amours interposées
... »

transparaissent, on se prend à penser qu'il ne pense pas qu'à ça et cela fait du bien.

C'est parfois cynique et très souvent drôle. On n'en rougit pas plus que de bien d'autres choses de la vie. C'est au moins tonifiant et... apolitique.

LES COULISSES n°131 (Hiver 1998/1999).
Arts et Lettres de France.

la critique